Partager l'article ! Article Liens Social: Lien social n° 928 du 7 mai 2009 Sommaire - Social actualités - La chroni ...
Aujourd'hui, l'État annonce des baisses des budgets de fonctionnement des Centres d'Hébergement et de Réinsertion Sociale (C.H.R.S.).
Baisse des budgets des Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale, l’inquiétude des travailleurs sociaux en Isère.
Un peu de technique :
L’Etat délègue aux associations la mise en œuvre de l’aide sociale à l’hébergement et à la réinsertion, une mission de service public qui traduit le devoir de solidarité de la société à l’égard des individus les plus vulnérables.
Les CHRS sont sous contrôle de l’Etat (et non sous tutelle), par le bais de la DDASS. Ils font l’objet d’un dispositif législatif et réglementaire qui organise leurs missions, fonctionnements, et financements. Ces derniers sont donc théoriquement garantis, même si depuis 1995 l’Etat tente régulièrement de les rogner un peu. Jusqu'à présent, l’hébergement et la réinsertion sociale étaient donc considérés et financés.
Un peu de brutalité :
Impensable jusque là, fin 2008 la DDASS annonce brutalement à une association grenobloise une coupe de 90% de ses budgets, c’est à dire rien de moins que la fin d’un dispositif. Un sursaut, une négociation et le drame est évité. Mais voilà que les CHRS de l’Isère voient les dotations globales de financement de leur futur budget 2008 (versé en décembre 2009 !) baisser de 3,32 % ! Pas grand chose ?
Et bien non, c’est d’abord au minimum une trentaine de licenciements et des conditions de travail dégradées en conséquence :
Il faudra faire le même accompagnement socio-éducatif avec deux fois moins de collègues, deux fois moins de moyens, deux fois plus de suivis. Difficile alors d’être véritablement disponible face à ces gens en grande souffrance, avec qui l’éducateur tente de ré-insuffler un petit quelque chose au travers d’une relation, d’une stabilité, d’une acceptation inconditionnelle de l’autre, avec en ligne de mire une tentative de réinsertion, parfois très lointaine. Le CHRS est une parenthèse dans le parcours chaotique des personnes, nous travaillons dans cette relation fluctuante et avec du temps. Ce temps à un coût !
C’est ensuite l’arrêt de certains dispositifs en développement, et au final une énorme dégradation de l’accueil des personnes en difficultés. Quid des besoins des personnes en difficultés ? Quid de l’adaptation nécessaire de structures aux nouvelles formes d’exclusions, de précarités, de détresses ? Cette dynamique a un coût !
C’est enfin des choix budgétaires immédiats à faire dans le quotidien du fonctionnement des CHRS : Plus de sorties, d’aide aux vacances, d’activités si elles coûtent trop chères, voire d’accompagnement extérieur. Difficile alors de soutenir les personnes à expérimenter des choses dans un cadre sécurisé et soutenu par les éducateurs. Difficile de maintenir la volonté d ‘établir un pont entre l’exclusion et le droit commun.
Au final le cœur de notre métier n’est pas séduisant : ce n’est pas rentable, c’est long, c’est incertain, souvent difficile, parfois violent. Mais l’investissement se fait pour l’autre, dans l’altérité. Notre quotidien porte le fait que chacun vaut le coût…Encore faut-il le financer !
Le secteur de l’hébergement et de la réinsertion nécessite, pour assurer ses missions, des moyens budgétaires suffisants, des capacités d’accueil supplémentaires et des professionnels qualifiés et reconnus. C’est ce qu’un groupe de salariés du social tente de faire entendre en ce moment à nos financeurs en Isère.
N.G. mai 2009