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Lettre ouverte à la FNARS

Lettre ouverte à la Fédération Nationale des Associations d'Accueil et de Réinsertion Sociale

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Grenoble le 11 juillet 2009

 

Mesdames et Messieurs les Administrateurs de la FNARS,

 

Pour la très grande majorité d’entre-nous, nous sommes salarié-es d’associations adhérentes à la FNARS et donc de ce fait nous-mêmes adhérent-es.

Nous sommes également quelques un-es à participer activement à des groupes de réflexion « FNARS » locaux, régionaux et nationaux.

Si nous sommes adhérents de fait de la FNARS, nous nous reconnaissons complètement dans les  valeurs que vous portez et défendez et que nous-mêmes nous portons et défendons quotidiennement sur le terrain.

 

Dernier exemple en date: depuis près de 6 mois en Isère, des salarié-es de CHRS se mobilisent activement auprès des pouvoirs publiques et politiques pour contester une baisse annoncée de dotation globale des financements de 3,32 % (puis de 1,35 % et aujourd’hui de 0,76%). L’Isère n’est pas le seul département à être touché, puisque l’Etat annonce des restrictions budgétaires dans ce secteur pouvant aller jusqu’à 12% sur certains territoires. Ce n’est pas pour nos postes que nous nous mobilisons mais pour défendre les conditions d’accompagnement et de soutien spécifiques, justes et nécessaires des ménages accueillis dans nos structures.

Or depuis quelques temps nous nous posons fortement la question suivante :

 

OU EST DONC LA FNARS ???

 

Cette question nous taraude d’autant plus que lorsque nous interpellons nos directeurs ou nos administrateurs, ils nous disent : « C’est collectivement et via le collectif FNARS isérois que nous allons nous mobiliser. D’ailleurs le collectif FNARS isérois a prévu une rencontre avec le Directeur de L’Action Sociale à la rentrée… ». Cela fait 6 mois que les salariés sont sur la brèche, nous avons déjà rencontré le Directeur de l’Action Sociale une fois, ses collaborateurs une autre fois… Il y a urgence. Et franchement le collectif FNARS pour le coup, par sa nonchalance, par sa non-réactivité, par son absence de positionnement fort, est jugé ridicule, inefficace, inutile, par beaucoup de salarié-es dont nous et cela nous peine.

 

C’est aussi pour cela que nous vous interpellons. :

 

1/ Pour que vous vous positionnez fortement et fermement au niveau national et de manière audible contre cette mise à mal financière et sociale. A l’inverse si vous pensez que l’outil CHRS est obsolète, nous vous demandons également de le dire clairement.

 

2/ Pour avoir un rôle moteur auprès des instances FNARS locales et Régionales qui comme pour l’Isère se coupent de leurs salarié-es et de fait des usager-es des services. Nous savons que ce n’est pas le cas de partout, ainsi des collègues de Midi-Pyrénées, nous disent être fortement épaulés par la FNARS régionale qui joue un rôle moteur sur cette mobilisation.

 

Nous nous permettons d’avoir ce ton d’exigence avec vous, car le travail social mérite rigueur et exigence. D’autant plus que vous avez les possibilités d’être entendus en haut lieu, la FNARS n’est pas rien, les valeurs qu’elle défend non plus, alors martelez le, faites-vous entendre, faites nous entendre !

 

Nous ne pouvons accepter que la FNARS ne soit qu’un lieu de réflexion et d’organisation de colloques ou de formations.

Nous ne pouvons accepter que la FNARS laisse sur le côté de la route ses cinq orientations prioritaires prises lors de son congrès national à Toulouse en juin 2004 et désormais inscrites dans son projet fédéral. Nous vous les rappelons ici:

 

 

Nous ne pouvons accepter que la FNARS déroge à ses principes qui nous paraissent forts et justes.

Nous ne pouvons accepter que la FNARS reste muette alors que le travail social est mis à mal.

 

Nous pensons que vous avez une responsabilité dans la lutte contre ce démantèlement du travail social, contre ce délitement de la société, contre cette volonté politique de faire croire à une dichotomie des pauvres : d’un coté les « méritants », ceux qui cherchent du boulot mais qui n’en trouvent pas, et de l’autre les  « pauvres parasites », ces fainéants, bouffeurs d’impôts. La baisse des dotations des CHRS va dans ce sens. Vous ne pouvez pas rester spectateurs. Or le silence de la FNARS vaut comme accord tacite. C’est inadmissible !

 

Vous devez aussi jouer un rôle moteur auprès des instances locales. Il ne s’agit pas de dire ce qu’il y a à faire sur tel ou tel territoire mais de rappeler constamment ce qu’est la FNARS et quelles sont ses valeurs. Vous devez avoir des lignes claires à suivre et exiger qu’elles soient suivies. Ces 5 orientations sont parfaites. Or, concrètement sur l’Isère aucune de ces 5 orientations n’est apparente, excepté la cinquième, mais dans quel but ?

 

Nous vous demandons donc instamment de réagir, de vous positionner, il en va aussi de votre crédibilité. De ne pas passer auprès des salarié-es comme une « fédération de salon » mais comme ce que nous semble-t-il vous êtes, une fédération militante. Nous croyons encore en vous car nous vous accordons le bénéfice du « ah bon, il se passe ça, nous ne le savions pas… ». Bénéfice naïf et magnanime mais bénéfice quand même.

Désormais vous ne pourrez plus dire que  vous n’étiez pas au courant. Que vous ne pouvez rien faire car la FNARS n’est que la représentation des associations locales et sans les remontées du terrain vous n’avez aucune légitimité.

C’est la première fois que nous vous interpelons de cette façon et trouvons important que sachiez ce qu’il se passe sur le terrain.

Une remontée non édulcorée qui clame haut et fort que le travail social, ce n’est pas que donner un  toit ou des revenus aux gens ; Qui défend que les personnes accueillies en CHRS sont à leur arrivée parmi les personnes les plus fragiles, les moins adaptées aux exigences, aux codes de notre société et donc qui méritent des moyens à la hauteur de leurs fragilités ; Qui s’oppose au travail social bradé et à cette logique d’appels d’offres qui voit inéluctablement l’association la moins coûtante remporter « le marché du pauvre ». Certains directeurs d’associations membres de la FNARS participent d’ailleurs à cet hallali du travail social et trouvent ça normal puisque dans « l’ordre des choses ». Ordre des choses que Pierre Bourdieu a si souvent condamné.

 

Par avance merci de mener avec nous cette lutte. La FNARS se doit d’être exigeante avec ses adhérents et réciproquement.

 

C’est dans cette exigence réciproque et ensemble que nous pourrons défendre les intérêts des personnes les plus fragiles.

 

Nous joignons à cette lettre, une copie de l’appel que nous avons commencé à diffuser à l’ensemble des collègues de CHRS en France et dont nous avons pu nous procurer l’adresse.

 

Nous restons évidemment à votre entière disposition pour échanger avec vous. En attendant nous vous remercions de ne plus rester illisibles, invisibles, inaudibles sur le sujet des CHRS comme sur tous les autres sujets de société qui concernent les publics accueillis dans les associations qui composent la FNARS.

 

 

Le Collectif CHRS en danger

 

 


 
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